La toile des RH

« Crisis at christmas » une passerelle entre deux mondes

Quelle est l’une des premières choses que l’on fait en arrivant en Angleterre? On va au pub, boire une pinte de Guinness entre amis, n’est ce pas? Je suis à Archway et entre au Streetsmart, un pub anglais dans toutes ses traditions, les grandes tables et ses bancs en bois, une ambiance sonore assourdissante et toute la décontraction d’une fin de journée.

Au centre de la table à coté du menu, leur carte de visite qui informe la clientèle qu’un pound est ajouté à la note pendant les mois d’hiver pour aider les personnes qui vivent dans la rue aux alentours du restaurant. Ceux qui refusent cette contribution peuvent le signaler sans problème. Je crois n’avoir jamais vu cela en France? Peut-être me trompé-je ? Toujours est il que les anglais fonctionnent beaucoup par la charité, à en voir également les chapeaux des musiciens dans le métro ou autres places fréquentées.

Bref, joindre l’utile à l’agréable était mon objectif pour cette fin d’année 2011. C’est dans cette optique que je suis partie terminer l’année à Londres où j’ai rejoint les équipes de bénévoles de Crisis dans le cadre de « Crisis at Christmas ».

  • Qu’est ce Crisis ?

Crisis est un organisme national de bienfaisance qui œuvre pour les personnes sans-abri tout au long de l’année. Ainsi, Crisis ouvre des centres d’accueil pendant les fêtes de fin d’année, période des plus difficiles pour ces personnes, appelées « Guest » (invités en français) qui se sentent encore plus seules alors que nous profitons d’instants privilégiés entre amis et en famille.

  • Être bénévole à Crisis

C’est ainsi que j’ai participé à la vie d’un centre d’accueil pour femmes sans-abri à Londres durant deux jours, les 26 et 29 décembre derniers.

L’aventure commence par l’inscription sur leur site où je devais choisir le centre et les horaires de présence, jour et nuit, entre le 23 et le 30 décembre. Les jours du réveillon et de Noël ont été pris d’assaut. Je n’étais à priori pas la seule à vouloir passer Noël avec elles ! Puis un mail nous informe du lieu de rendez-vous qui devait rester secret.

Le jour J, ce fut tout un périple pour me rendre au centre d’accueil pour femmes à 7h30 car il n’y avait pas de transport en ce 26 décembre, jour traditionnel de grève des transports tout comme le 1er janvier en Angleterre. Après un peu plus d’une heure de vélo, je suis accueillie dans une école, transformée pour l’occasion. A l’arrivée, chacun se voit remettre un badge en fonction de son rôle – volontaire généraliste, spécialiste, médecin, loisirs, personne à prévenir en cas de problème.. Les guests avaient toutes un bracelet vert en plastique au poignet.

Puis j’assiste au mot d’accueil : présentation du centre et rappel de quelques règles de base. Notamment un sketch comique très explicite, au sujet de la vigilance dans nos propos, auquel je n’aurai pas pensé et pourtant… « Ah moi ?! Je suis volontaire par ce que je déteste Noël, ces repas de famille à ne plus en finir… Je suis bien mieux ici à échapper à tout cela! » On pouvait percevoir du vécu dans ses paroles qui sont évidemment hors de propos quand les invitées ne peuvent faire ce choix et sont souvent encore plus désœuvrées par le manque de leur famille. Kim me parlait justement de ses deux filles que sont mari lui a retiré il y a 6 ans. « La descente aux enfers est plus rapide que l’on croit, tu sais. » Ce sont aussi l’intensité de ces échanges, les différences de point de vue, le partage d’expériences qui font de cette expérience une vraie richesse.

  • L’organisation

Le hall de l’école était converti pour l’occasion en cafétéria, pièce centrale de toute l’organisation, qui était le lieu d’accueil des bénévoles comme des guests, où chacune faisait connaissance. C’est alors qu’une personne venait nous confier notre mission :
– Tenir la garde dans les couloirs que les guests n’accèdent pas aux salles réservées aux bénévoles
– Aider les médecins, et spécialistes (pédicures, dentistes, ophtalmologistes…)
– Aider les personnes qui s’occupent du bien-être : maquilleuses, coiffeuses, masseuses
– Accompagner les guests récupérer leurs affaires dans des salles fermées à clé pour qu’il n’y ai pas de soucis de vol entre elles
– Les aider à choisir de nouveaux vêtements offerts par les bénévoles
– Accompagner les guests dans leurs déplacements, les orienter
– Les emmener en voiture
– Organiser des jeux et activités (lecture, tricot, collage, peinture…)
– Les aider pour le brunch du matin ou le repas du midi…

Une véritable organisation militaire. Les bénévoles se relayaient jour et nuit entre 3/8 comme à l’usine pour la surveillance notamment. Nous étions toute une armée de femmes à disposition, plus nombreuses d’ailleurs que les guests qui étant donné la douceur du temps étaient nombreuses à venir dormir en sécurité mais repartaient dans la rue, leur lieu de vie la journée.

  • Une pause d’abondance

J’ai d’abord été surprise par l’abondance de nourriture à disposition toute la journée aussi bien pour les bénévoles que pour les guests. L’écart avec leur conditions de vie habituelles était frappant. Certaines prenaient de quoi nourrir un régiment, d’autres n’osaient se servir et prenait au compte goutte. Noël ce n’est pas que des boules et des guirlandes accrochées au sapin, c’est aussi la fête, la nourriture..

Ces femmes de tout âge, la plus jeune avait 19 ans et l’ainée 81. Comment peut on vivre dans la rue à cet âge? Comment survivre dans ces conditions? Je les ai sentie parfois incommodées par la présence massive de personnes différentes chaque jour ou presque autour d’elles, attentive à leurs moindres faits et gestes. Les rapports étaient froids au départ mais pas embarrassés, puis nous discutions de ce que nous aimons manger à noël, elles me questionnaient sur la France.. Cela a été une belle occasion d’échange et d’évasion.

  • Et après…

En voyant toute cette organisation, je me disais, pourquoi prendre soin des gens que 7 jours dans l’année? Pourquoi s’intéresse t’on à elle qu’à cette période? Je ne connaissais pas alors le but global de l’association, comme souvent dans les entreprises, je n’étais qu’un maillon avec une vision parcellaire des objectifs.

Les centres d’accueil sont en définitive une passerelle entre le monde de la rue et le reste du monde, un lieu de premier contact, et surtout de repos en sécurité qui leur permet de baisser les armes un instant face à la rudesse de la vie dans la rue, ses violences… « Crisis at Christmas » c’est aussi répondre aux besoins de santé, se faire soigner et retrouver même ponctuellement un certain bien-être. C’était magique de voir un sourire après une bonne coupe de cheveux, un massage ou simplement devant un cheesecake.

En définitive, Crisis œuvre tout au long de l’année pour créer un réseau d’organisations qui ont le même but, pour faire avancer la législation. Crisis a créé un service au logement et accompagne les personnes dans leur recherche,a créée des centres de formation pour les aider à se réinsérer dans la vie active…

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Cette entrée a été publiée le 8 janvier 2012 à 15:49 et est classée dans RH 2.0. Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

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